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Ahmed Souané (Artiste- comédien) “Je suis déçu…” Sacré meilleur comédien national en Côte d'ivoire en 1985, Ahmed Souané s'est bien bonifié au fil des ans. Son talent a même franchi les frontières ivoiriennes. Le comédien a participé récemment à un casting sous-régional où avec Adrienne Koutouan, ils font l'affiche d'un film qui a réuni les meilleurs acteurs du Nigeria et du Ghana. La production en question est Stone Face. Dont la grande première a eu lieu dernièrement au palais de la culture. Un incident technique est intervenu pendant la projection. Là où Ahmed attendait le soutien de ses pairs, certains l'ont lâché. Déçu de cette attitude, le comédien crache ses vérités. Entretien.
Ton actualité en ce moment, c'est le film Stone Face. Raconte-nous comment Adrienne Koutouan et toi êtes-vous retrouvés dans cette production ? Stone Face est le premier film de notre compatriote Youin Nima vivant à Lagos et qui en est le producteur. C'est lui qui nous a contactés. Nous avons été recrutés sur un casting, réunissant différents acteurs de
Dans la pratique, comment le tournage s'est déroulé dans la mesure où vous parliez le français et les autres l'anglais ? Chacun de nous a reçu son scénario et on savait ce qu'on avait à dire avec les acteurs qui partageaient la même séquence que nous. Nous, nous parlions en français et les autres répliquaient en anglais.
C'était une sorte de mimique ? On dira ça comme ça, mais on débitait réellement nos textes. C'est au montage qu'il y a eu le doublage des voix. Pour la version anglaise, nos voix ont été doublées en anglais et vice versa.
Combien de temps a duré le tournage ? Nous avons passé une semaine là-bas. Le réalisateur a regroupé toutes nos séquences. Parce qu'il fallait faire une économie du temps car regrouper les acteurs pendant longtemps aurait joué sur le budget. Le tournage du film proprement dit a duré trois semaines.
Quel est l'intérêt de ce film ? Le film aurait pu se jouer partout. Le sujet étant international, il pourrait se passer à Abidjan, à Dakar ou à Accra. Voici donc la spécificité de cette production.
La fin du film est tragique… Il s'agit d'un drame, c'est à l'image de la vie de l'héroïne du film, Stéphie Campbel. Qui, malgré le statut social de sa famille, a pu faire ses études jusqu'à l'université. Grâce à son honnêteté, elle n'a pas succombé à la facilité. Naturellement, cela n'a pas été du goût de ses ensegnants à l'université. On observe le même comportement chez les employeurs dans le cabinet où elle exerçait. Les difficultés qui jonchent sa vie sont importantes. On aurait pu terminer le film autrement, mais c'est le choix du scénariste. Malheureusement, on assiste au drame. Toutefois, il faut comprendre que ce phénomène fait partie du vécu quotidien de certaines personnes. Leur temps de bonheur n'est qu'une infirme partie devant les malheurs qu'elles rencontrent.
Qu'est-ce que l'on doit retenir ? Ce qu'il faut retenir, c'est qu'au moment où les politiques sont en train de mener les grands débats sur les politiques d'intégration sous-régionale, le culturel prend de l'avant. Il s'agit de montrer aux politiciens que le cinéma et l'art en général, indiquent la voie à suivre. Ne nous en tenons pas aux simples discours. Pour cela, il importe de fédérer les énergies pour sortir quelque chose qui sera à l'avantage de tous. Par ailleurs, il est judicieux que le cinéma ivoirien s'accroche au cinéma nigérian pour conquérir les marchés anglophones et francophones. Voilà une aubaine pour nous les acteurs de partager la scène avec d'autres acteurs de la planète. C'est toujours bon, d'avoir de l'expérience. Surtout que cela accroît la notoriété.
Pendant la projection de cette grande première, il y'a eu un incident. Parlons-en… Tu fais bien de revenir sur cet incident. J'avoue que je suis déçu du comportement de certains confrères. Et surtout des producteurs. Cette grande première était pour nous un challenge sur tous les points. En effet, nous avons pu assister à la grande première de ce film à Lagos, et nous avons vu le résultat de la mobilisation là-bas. La grande première a été 100% tickets et non cartes d'invitation. Ici, nous avons souhaité ce classique à vouloir faire les grandes premières dans la gratuité. Chose d'ailleurs pour laquelle nous ne sommes pas d'accord. Nous gagnerions à changer les donnes à ce niveau. La grande première ne peut pas être gratuite quand on sait ce que cela vaut en termes de ressources financières et de matériels techniques. On peut le faire pour les journalistes et les professionnels de l'art. Pour l’incident en question, nous avions fait une mise en place très tôt avec les partenaires. Ainsi, tous les essayages possibles ont été réalisés avec le film et le spot des partenaires. C'est dire que tout marchait à merveille. Revenus dans la soirée pour la projection, en pleine séance, le lecteur Dvd nous lâche. Puisque nous n'avions pas prévu ce type d'incident, le temps que nous trouvions un autre lecteur, il y'a eu un creux d'une trentaine de minutes. Mais la lacune a été vite réglée pour que la projection se poursuive jusqu'à son terme, sans un autre dysfonctionnement. Ce qui m'a touché, c'est le comportement des acteurs qui ont tenu des propos pas courtois.
C'était quoi ? Des propos du genre : "Quand on ne peut pas, on ne force pas". Ça veut dire ce que ça veut dire. En Côte d'Ivoire, tout le monde peut déchiffrer ce genre de langage. A l'analyse, c'était pour dire que les organisateurs de la soirée que nous sommes, étions des incapables. Lorsque j'entends des propos du type " ils sont venus nous projeter un cd piraté ", je me dis que c'est insensé. Car le producteur qui était avec nous a investi plus de 100 millions de frcs cfa dans ce film. Il a payé les billets d'avion des acteurs venant du Nigéria et du Ghana, la salle du Palais de
Le public est tout de même resté jusqu'au terme de la projection ! Tu fais bien de le dire. En effet, quand nous avons comptabilisé les tickets d'entrée, nous nous sommes rendus compte que 90% de ceux qui sont partis sont des personnes qui avaient des cartes d'invitation. Cela veut dire que ceux qui ont payé les 3000 frs sont restés. Une façon de nous soutenir. Ma satisfaction se situe au niveau du retour que nous avons eu. Les réactions à nous parvenues sont les mêmes que celles des séquences pendant la projection à Lagos. Pour vous dire que l'émotion au cinéma est universelle. Et nous espérions que, lorsque le cinéma sera en salle à
Après ces propos malveillants que tu as essuyés de la part des comédiens, qu'en sera-t-il pour la suite de vos rapports ? Pour ce qui est des rapports professionnels, il n'y a pas de problème. Mais en ce qui concerne les rapports humains, je ne saurais être hypocrite. J'attendais plutôt un soutien, ne serait-ce que par le silence. Certaines âmes que je peux citer nous ont apporté leur soutien. Un monsieur comme Martin Guédégba est venu dans les loges pour s'enquérir des nouvelles. Cela m'a beaucoup fait plaisir. Gohou Michel, Fortuné …ont eu de la compassion pour nous. Ce sont des actes à saluer. Cette situation nous a permis de nous connaître véritablement afin de réajuster nos amitiés.
Pourquoi refuses-tu de citer des noms ? Je ne cite pas de noms puisque ça n’en vaut pas la peine. Ça pourrait leur donner le temps de se justifier ou de porter un démenti. Ce qui a été dit a été dit. Je n'ai pas été le seul à entendre. Des propos acerbes ont été prononcés. D'autres m'ont été rapportés. C'est une leçon pour l'avenir et je continuerai à les inviter chaque fois que l'occasion s'y prêtera. Parce que mon actualité, c'est que nous allons bientôt commencer une production qui est " belle go ivoirienne ". A la grande de ce film, je vais inviter ces mêmes personnes. Je prendrai mes dispositions pour qu'elles n'aient pas l'opportunité de me dire ce qu'elles ont eu à dire. Sur le plan humain, nos rapports vont être réajustés. Nous avons admiré l'attitude du public à l'endroit des acteurs comme Nadia Buari, Uche Jombo, Ramsey Noah. Ils étaient tous adulés. C'est ce que nous souhaitons pour les comédiens ivoiriens. Ce qu'on leur reproche, c'est qu'il ne faut pas freiner l'élan des producteurs. Car ce jeune producteur n'était pas obligé de faire un casting en intégrant des comédiens ivoiriens. C'est une passerelle qu'il tend à tous les comédiens ivoiriens. Il ne s'agit pas seulement d’ Adrienne et d’Ahmed Souaney. Ne tuons pa des initiatives privées, rien que par des propos malveillants.
As-tu le sentiment que certains comédiens te jalousent ? (Rires). Je ne dirai pas qu'ils sont jaloux. D'abord, nous ne sommes pas les premiers à jouer à l'extérieur. Je ne prends pas cela pour de la jalousie. C'est seulement un sentiment que je n'explique pas. Je suis tout simplement déçu des propos du genre : " Qu'est-ce qu'ils ont fait de bon pour qu'on dise qu'ils sont les meilleurs ? ". Mais attends ! Adrienne Koutouan, quand on regarde son palmarès, elle a remporté plusieurs prix en Côte d'Ivoire et en dehors du pays. Elle a eu le premier prix de l'actrice ouest africaine au Nigeria. Et puis Ahmed Souaney, je me garde de parler de mes performances. Mais au moment où j'étais sacré meilleur comédien national en Côte d'ivoire, c'était en 1985. Beaucoup de collègues aujourd'hui ne savaient pas qu'ils feraient un jour le théâtre. La première fois que j'étais à
On te sent amer sur ces propos ? On trouvera que je suis amer, mais je crois que c'est la déception. J'avais beaucoup de respect pour ces personnes qui ont proféré ces propos malveillants. On m'aurait dit que ces dernières se seraient comportées de la sorte à mon absence, je vous assure que j'aurais fait palabre à la personne qui m'aurait rapporté ces faits. C'est bien dommage. J’ai été moi-même témoin des faits. Par Ange T. Blaise
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